Todorov, Nous et les Autres
La connaissance de cultures autres que la nôtre apparaît alors, à côté de la recherche historique, comme l’une des deux grandes modalités de la comparaison, laquelle à son tour n’est pas une méthode parmi d’autres, mais la seule voie conduisant au nécessaire détachement de soi et à la juste connaissance des faits sociaux, quelle qu’en soit l a nature. p.129
ACCULTURATION
L’acculturation
est la règle, non l’exception; on ne nait pas français, on le devient. p.338
L’acquisition d’une deuxième culture ne change pas radicalement la situation initiale; la perte de son unique culture, en revanche, conduit à l’appauvrissement, voire à la disparition de son univers.
BÁRBARO
/ Montaigne: - 1º Est barbare ce qui est proche des origines (sens historique
et positif).
-
2º Est barbare ce qui est dégradant et cruel (sens éthique et négatif). p.69
Les
raisons de la conquête coloniale sont politiques et économiques, plutôt
qu’humanitaires; s’il lui faut chercher un principe général unique, ce serait
le nationalisme - lequel est incompatible avec l’humanisme. p.105
COLONIALISMO
e ESCRAVATURA
Pour
éviter que l’abolition de l’esclavage n’ait des effets néfastes, il faut, tout
en libérant des individus, maintenir les territoires qu’ils habitent en état de
soumission. En d’autres termes, il faut que le
colonialisme remplace l’esclavagisme - segundo Tocqueville, um dos
primeiros ideólogos franceses da colonização. p.264
TOCQUEVILLE
a parfois cherché à justifier la colonisation au non du principe humanitaire de
l’expansion de la civilisation. p.265
Tocqueville
indigna-se: Dans certains endroits, au lieu de réserver aux Européens les
terres plus fertiles, les mieux arrosées, les mieux préparées que possède le
domaine, nous les avons données aux indigènes. p.271
L’idée
de posséder de l’Afrique, de maintenir l’Afrique à l’aide et avec l’appui de la
population indigène, cette idée qui est le rêve des coeurs nobles et généreux,
est une chimère, quant au présent au présent du moins. Il n’y a que la guerre.
p.275
Légitimations
du COLONIALISME
On
peut constater, dans un premier temps, que les promoteurs de la colonisation
sont prêts à faire feu de tout bois, et à utiliser l’idéologie qu’ils ont sous
la main sans s’embarrasser de scrupules de cohérence [1]. p.
338
-
Há uma ideologia universalista da colonização (Condorcet, Joseph-Marie de
Gérando): il y a une échelle unique des civilisations. p.339
+
o projecto colonialista moderno “ne vise pas l’occupation et la soumission,
mais l’intégration des pays colonisés dans un projet universaliste, et, par là,
leur élévation au niveau de la métropole. “ p. 341
+
“La population européenne (...) ne doit-elle civiliser ou faire disparaître,
même sans conquête, les nations sauvages qui y occupent encore de vastes
contrées?”[2] Il s’agit de rapprocher ces populations de la
nôtre. L’action sera menée à bien par des colonisateurs, des “hommes
industrieux”; dès lors, les actuels “comptoirs de brigands deviendront des
colonies de de citoyens qui répandront, dans l’Afrique et dans l’Asie, les
principes et l’exemple de liberté, les lumières et la raison de l’Europe”.Ce
qui irait, évidemment, dans le sens et du désir des populations en question,
ces “peuples nombreux qui semblent n’attendre que des instructions pour se
civiliser”. p. 431
Pourquoi
la colonisation ne s’est-elle pas déroulée en accord avec la vision idylique de
Condorcet et de De Gérando? p.342
Trois
RAISONS:
1.Nos
philosophes ignorent, premièrement, le
conflit entre homme et citoyen , et imaginent que les États conduiront une
politique qui sera dans l’intérêt de l’univers - ce qui est, pour ainsi dire,
exclu par définition.
2.
Leur
image de l’universel (...) est fortement entachée d’ethnocentrisme: la
culture des autres est perçue essentiellement comme un écart par rapport à la
nôtre, non dans sa cohérence.
3.
En conséquence, chaque culture est présentée comme l’addition d’un certain
nombre de traits isolés, plutôt que comme une structure: on s’imagine qu’il est
possible de modifier un trait (apporter une thecnique agricole) sans que cela
change nécessairement les autres; ou de confier le pouvoir aux colons pour qu’ils construisent des routes, sans craindre
qu’ils s’en servent dans d’autres buts. p.342
Du
point de vue de J.-M. de LANESSON, “l’histoire de l’humanité se confond avec
celle de la colonisation, c’est-à-dire des
migrations et des échanges.” (...) La race la plus perfectionnée gagnera
immanquablement, car on reconnaît la perfection à sa capacité même de gagner
des batailles: “ plus une race est perfectionnée, plus elle tend à se répandre;
plus une race est inférieure, et plus elle reste sédentaire[3].”
p.343
Paradoxo
de Lanesson:
“Consiste
à valoriser les croisements comme indice de supériorité, tout en les condamant
en tant que menace de décadence. “ p.344
BARRÈS: “ Elles [ les congrégations religieuses] assurent le prestige de notre esprit, créent une clientèle à notre industrie et fournissent des collaborateurs à nos entreprises. “[4] p.345
“Les
tenants des thèses universalistes défendent habituellement un type de
colonisation qu’on appelle assimilation, et qui consiste à
vouloir transformer les “races” indigènes à l’image de la France, en croyant
que celle-ci est l’incarnation parfaite des valeurs universelles.” p. 346
(...)
Les relativistes, et donc les nationalistes, dans la mesure où ils sont
conséquents avec eux-mêmes, préfèrent un autre type de colonisation, qu’ils
appellent l’association (...) elle aboutit au protectorat, forme de
colonie où la métropole s’assure du contrôle militaire et économique, mais
laisse au pouvoir local et indigène le souci de choisir les institutions les
plus appropriées et de gérer les affaires courantes. p. 346
Jules
FERRY semble croire que le devoir de la civilisation entraîne un droit
d’intervention. p.349
Em
conclusão: “Le nationalisme apparaît
bien comme le grand responsable idéologique, tant des guerres en Europe, depuis
la Révolution jusquà la Première Guerre Mondiale comprise, que des guerres coloniales de la même période, et au-delà. p.351
CULTURA
La culture est une classification du monde qui nous permet de nous y orienter plus facilement; c’est la mémoire du passé propre à une communauté, ce qui implique aussi un code de comportement dans le présent, voire un ensemble de stratégies pour l’avenir. p.336
AS CULTURAS: En un sens, il est en effet absurde de hiérarchiser les cultures, puisque chacune d’elles est un modèle du monde. p. 99
ETNOCENTRISMO
: Dans l’aception ici donnée à ce terme, il consiste à ériger, de manière
indue, les valeurs propres à la société à laquelle j’appartiens en valeurs
universels. p. 21
L’etnocenrisme et le scientisme constituent deux figures - perverses - de l’universalisme. p. 59
ETNOLOGIA:
Est une discipline moderne dont on peut dire que la différence entre cultures
est constitutive de son objet même. p. 95
O
objectivo último desta disciplina: “atteindre certaines formes universelles de
pensée et de moralité.” p.95
“
Le rôle de l’ethnographe est de décrire et d’analyser les différences qui
aparaissent dans la manière dont ils se manifestent dans les diverses sociétés,
celui de l’ethnologue, d’en rendre compte.”
p.96
EXOTISMO
e Primitivismo
Les attitudes relevant de l’éxotisme où l’autre est systématiquement préféré au même.
Mais
la manière dont on se trouve amené, dans l’abstrait, à définir l’exotisme,
indique qu’il s’agit moins d’une valorisation de l’autre que d’une critique
de soi, et moins la description d’un réel que de la formulation d’un idéal.
p.355
Les
meilleurs candidats au rôle d’idéal exotique sont les peuples et les cultures
les plus éloignés et les plus ignorés.
Técnica
+ utilizada: “inversion des traits qu’on observe chez nous.” p.356
L’exotisme
primitiviste[5]:
La
préférence exotique se double presque toujours d’une attirance pour certains contenus
au détriment d’autres (...) ces contenus sont habituellement choisis
le long d’un axe qui oppose la simplicité, la nature à l’art, l’origine au
progrès, la sauvagerie à la socialité, la spontanéité aux lumières.
p.357
Em
Lahonton (1666-1715): 0n y découvre (...) un condensé des thèmes et des motifs
qu’on attachera habituellement à l’image des bons sauvages: un principe
égalitariste, un principe minimaliste, un principe naturaliste. p. 365
L’égalitarisme
a deux facettes: l’une économique, l’autre politique. Côté économique, cela
revient à condamner la propriété privé. Côté politique, l’absence de toute
hiérarchie, de toute subordinnation est, à l’en croire, un autre trait
caractéristique des sociétés sauvages.
Le
minimalisme significa uma produção de subsistência; ignorar a escrita, os
estudos, as artes e as ciências.
O
3º princípio significa “la conformité à la nature”. (...) Il faut se conformer
aux instincts et ne pas chercher à les entraver par des lois. p.367-368
LOTI
Pour
Loti, le cliché (ce qu’il y a de plus caractéristique) dit la vérité des
choses. p. 413
“
La véritable identification est impossible, car les différences entre “races”
sont insurmontables.” p. 415
“L’exotisme
n’est rien d’autre que ce mélange de séduction et d’ignorance, ce
renouvellement de la sensation grâce à l’étrangeté. “p. 416
Exotisme
et erotisme
L’homme,
lui, jouit de la même supériorité par rapport aux femmes que l’Européen par
rapport aux autres peuples. p.417
L’homme
européen est attiré et séduit, mais il retourne invariablement chez lui. p.421
“Cette
sensualité débridée est la conséquence directe de l’animalité des Noirs, qui
les distingue des autres races humaines. “p.423 - ver comparação com os animais
Avec
le Roman
d’un spahi (1881), un livre raciste et impérialiste, sexiste et
sadique, Loti fixe pour cent ans à venir les
grands traits du roman colonial. p.425
SEGALEN
(...)
Il faut ajouter à cet exotisme dans l’espace un exotisme dans le temps: toute
époque passée est exotique pour nous,
et, pourquoi pas, toute époque à venir.
p. 428
Un
exotisme des sens...
“Est
exotique pour moi tout ce qui est différent de moi.” (...) “Exotisme” est donc
synonyme d”altérité”. p.429
“
Celui qui sait pratiquer l’exotisme, c’est-à-dire jouir de la différence entre
lui-même et l’objet de sa perception, est nommé l’EXOTE. p.434
Les
ennemis de l’exotisme:
1ª
categoria - Font partie de la première tous ceux qui ignorent l’autre, ne
pensant en toutes circonstances qu’à eux-mêmes - vários exemplos: os colonos,
os comerciantes e os empresários. Para eles, le divers n’existe qu’en tant
qu’il lui servira de moyen de gruger. L’autre est celui qui se laisse
tromper plus facilement, qui ignorent les rèles d’echange en vigueur dans notre
société. Outros exemplos: o escritor exótico anterior a Segalen; o turista
2ª
categoria: “ce ne sont plus ceux qui refusent de percevoir les autres, mais
ceux qui, les ayant perçus, et jugés différents de soi, souhaitent les
transformer - au non d’une universalité illusoire qui n’est en fait que la
projection de leurs propres costumes et habitudes. On peut mentionner ici les missionnaires
(...) et les adminastrateurs coloniaux, qui veulent imposer les usages français
aux quatre coins du monde. p.440-441
GOBINEAU:
Le comportement des hommes est entièrement déterminé par la race à laquelle ils
appartiennent, et qui se transmet par le sang; la volonté de l’individu n’y
peut rien[6]. p.
173
Enfin
la nation est le résultat de la véritable fusion de tribus auparavant isolées:
leurs sols sont réunis, les populations se mélangent. Le trait qui permet de
distinguer ces phases de l’évolution humaine est donc le rapport aux autres: l’ignorance
est le degré plus bas, l’interaction le plus élevé. p.185
(...)
Mais c’est là que les choses se compliquent. En effet, dans l’optique de la
race, le mélange est une dégradation.
Plus même: toute dégradation est l’effet d’un mélange de sangs. p.191
IDENTIDADE
e DIFERENÇA
Le
tout est de savoir jusqu’où s’étend le territoire de l’identité et où commence
celui de la différence; quelles relations exactement entretiennent ces deux
territoires. p. 133
IDEOLOGIA
L’idéologie
ne fait peut-être pas les guerres, mais elle permet de les rendre populaires,
de les faire accepter de tous. p. 335
LÉVI-STRAUSS
“professe le relativisme mais pratique le primitivisme.” p.100
Critica
o “Humanismo”: L’humanisme a voulu
organiser le monde autour de l’homme: c’est là son péché, ou plus simplement
son erreur - la séparation entre homme et nature. p.102-102
C’est
dans la ligne du même refus des valeurs humanistes que Lévi- Strauss semble
situer sa condamnation du croisement de
cultures. Il faut préciser ici qu’il n’est pas contre toute communication
interculturelle. Une communication modérée, maintenue à l’intérieur de
certaines limites, constitue même un avantage incontestable... Cet état de
communication tempérée est ce que Lévi-Strauss apelle la coalition de cultures (...)
parce que cette disparation des
différences serait mortelle pour toutes les cultures. p.107
L’effacement
du sujet représente une necessité d’ordre,
pourrait-on dire, méthodologique. p.114
“
Pour passer à l’état de mythe, il faut précisemment qu’une création ne reste
pas individuelle.”
O
MESTIÇO americano visto por Chateaubriand: “Parlant la langue de leurs pères
(européens) et de leurs mères (indiennes), ils ont les vices des deux races.
Ces bâtards de la nature civilisée et de la nature sauvage. “ p.390
NACIONALISMO
Le
nationalisme conduit naturellement à la xénophobie. p.333
Charles
PÉGUY contra o pacifismo: L’armature militaire est le berceau temporel où les
moeurs et les lois et les arts et la religion même et le langage et la
race peuvent ensuite seulement, se
coucher pour grandir. p.321
La
plupart des guerres coloniales conduites par les pays européens ont eu, aux
yeux de leurs initiateurs, une justification supérieure: propager la réligion chrétienne, naturellement la meilleure de toutes;
répandre la civilisation occidentale, censée être la civilisation tout court.
p.318
Pluri-CULTURALISME:
il n’est ni une panacée, ni du reste une menace, mais simplement la réalité de
tous les États existants. p.337
RACISMO:
il s’agit d’une part d’un comportement,
fait le plus souvent de haine et de mépris à l’égard de personnes ayant des
caractéristiques physiques définies, et différentes des autres; et d’autre
part, d’une idéologie, d’une doctrine
concernant les races humaines. p.133
Pour
séparer ces deux sens, Todorov propõe
RACISMO, terme qui désigne le comportement, et
RACIALISMO,
réservé, lui, aux doctrines. p.134
Le
racisme est un comportement ancien, et d’extension probablement universelle; le
racialisme est un mouvement d’idées né en Europe occidentale, dont la grande
période va du milieu du XVIIIè au milieu du Xxè. p. 13
RACIALISMO:
5 Proposições
1.
A existência de raças.
Os racialistas são contra os cruzamentos
entre raças. p. 134
2.
A continuidade entre físico e moral: À division du monde en races
correspond une division par cultures,
tout aussi tranchée.
Les
différences physiques déterminent les
différences culturelles. p.135-136
3.
A acção do grupo sobre o indivíduo: le comportement de l’individu dépend, dans
une très large mesure, du groupe racio-culturel (ou “ethnique”) auquel il
appartient.
Le
racialisme est donc une doctrine de psychologie collective, et il est par
nature hostile à l’idéologie individualiste. p. 136-137
4.
Hierarquia única dos valores: Le racialista ne se contente pas d’affirmer que
les races sont différentes; il les croit aussi supérieures ou inférieures les
unes aux autres, ce qui implique qu’il dispose d’une hierarchie unique des
valeurs, d’un cadre évaluatif par rapport auquel il peut porter des jugements
universels. p.137
5.
Politique fondée sur le savoir: une politique doit être engagée, qui mette le
monde en harmonie avec la description précédente. (...) Ainsi, la soumission
des races inférieures, voire leur élimination, peut être justifiée par le
savoir accumulé au sujet des races. C’est ici que racialisme rejoint le
racisme: la théorie donne lieu à une pratique. p.137
La
modification la plus importante qui affecte la notion de race à la fin du XIXè
siècle est celle qui la transpose du plan physique au plan culturel. p.213
O
racialismo clássico decorre entre 1749 (Buffon) e 1945 (Hitler).
Le
racialisme moderne, qu’il vaudrait mieux appeler ” culturalisme”, trouve son
origine dans les écrits de Renan, de Taine, et de Le Bon; il remplce la race
physique par la race linguistique, historique ou psychologique. p.217
RELATIVISMO
Renan define “relatif” au sens d’”historique” ou de
“culturel”: les vérités que parvient à
établir la science sont toujours relatives
à une situation particulière. p.84
A
Relatividade dos valores “conduit à une politique coupée de toute référence à
des idéaux transculturels.” p. 89
RENAN:
“ Au point de vue des sciences historiques, cinq choses constituent l’apanage
essentiel d’une race, et donnent droit de parler d’elle comme d’une
individualité dans l’espèce humaine. Ces cinq documents, qui prouvent encore
qu’une race vit de son passé, sont une langue à part, une littérature
empreinte d’une physionomie particulière, une religion, une histoire,
une civilisation.” p.198
Les
nouvelles nations ne naissent nullement par la multiplication mécanique de
plusieurs désirs individuels de choisir librement leur patrie. Elles naissent
de l’action d’un groupe culturellement homogène, qui occupe une position
subordonnée dans l’État teel qu’il existe, et qui décide de s’emparer de la
position dominante. p.303
UTOPIA
Les
utopies, en effet, ne s’opposent qu’en apparence aux rêveries primitivistes:
bien que les unes regardent vers l’avenir et les autres vers le passé, leur
contenu est en grande partie commun; la célèbre formule de Saint-Simon - “Lâge
d’or du genre humain n’est point derrière nous, il est au-devant.”[7] p.359
VIAJANTE: Tipos
1.
L’assimilateur: est celui qui veut modifier les autres pour qu’ils lui
ressemblent. La figure classique de
l’assimilateur est le missionnaire chrétien. (...) Le prosélytisme chrétien
coïncide avec la première vague de la colonisation, celle du XVIe; au cours de
la seconde vague, celle du XIXe siècle, c’est l’idée de la civilisation
européennne. (...) On peut parler aujourd’hui d’une troisième vague de
messianisme, propre au Xxe siècle, qui consiste à exporter la révolution
mondiale et à convertir les peuples les plus divers à telle ou à telle version
de l’idéologie marxiste... p.452
2.
Le profiteur. Le profiteur habituel n’est ni prêtre, ni soldat, ni idéologue: c’est
un homme d’affaires, par exemple commerçant , ou industriel. Son attitude à
l’égard des autres consiste à les utiliser à son profit. (...) À la différence
de l’assimilateur, le profiteur s’adapte bien à tous les contestes, et n’a
pas besoin d’être porté par une idéologie quelconque. (...) De nos jours,
il n’y a plus presque de colons à l’ancienne manière, mais une nouvelle figure
a surgi, celle du coopérant. Ce
dernier exploite (pas toujours, il va de soi) non plus les autres, mais sa
situation exceptionnelle parmi eux... p.453
3.
O turista p.453-454
4.
L’impressionniste est un touriste très perfectionné. p.454-456
5.
L’assimilé. C’est d’abord celui qui ne fait que le voyage d’aller simple:
l’immigrant. Il veut connaître les autres, parce qu’il est amené à vivre
parmi eux. Son comportement est donc exactement à l’opposé de celui de
l’assimilateur: il va chez les autres, non pour les rendre semblables à soi,
mais pour devenir comme eux. Il est en cela distinct du travailleur migrant,
contrepartie du profiteur, qui ne se rend à l’étranger que pour une durée
limitée et n’a aucune intention de renoncer à sa culture... p.456
6.
L’exote ne peut s’installer dans la tranquilité (...) il doit cultiver la seule
alternance - la distanciation. p.457-458
7.
L’exilé: ce personnage ressemble par certains côtés à l’immigrant, par d’autres
à l’exote. Comme le premier, il s’installe dans un pays qui n’est pas le sien;
mais, comme le second, il évite l’assimilation. Cependant, à la différence de
l’exote, il ne recherche pas le renouvellement de son expérience,
l’exacerbation de l’étrangeté.
Qui
est l’exilé? C’est celui qui interprète sa vie à l’étranger comme une
expérience de non-appartenance à son milieu, et qui la chérit pour cette raison
même. L’exilé s’intéresse à sa propre vie, voire à son peuple...
Être
étranger équivaut pour Descartes à être libre, c’est-à-dire non-dépendant... p.
458
8.
L’allégoriste. L’allégoriste dit une chose, et en fait entendre une autre;
l’allégoriste parle d’un peuple (étranger) pour débattre d’autre chose que de
ce peuple - d’un problème qui concerne l’allégoriste lui-même et sa propre
culture. (...) Il se trouve que tous ces auteurs[8] sont
, des primitivistes, et qu’ils font l’éloge du peuple étranger. (...)
L’essentiel, c’est que les autres soient
soumis aux besoins de l’auteur; en ce sens l’allégoriste est un profiteur, à
ceci près qu’il joue sur le plan symbolique, et non plus matériel.
L’image
de l’autre chez l’allégoriste ne vient pas de l’observation, mais de
l’inversion des traits qu’il trouve chez lui. (...) De même, de nos
jours, les tiers-mondistes inconditionnels projettent leur rêve sur des pays
mal connus, et inversant les traits de la société qu’ils observent autour
d’eux; ce faisant, ils pratiquent une forme renouvelée de l’allégorisme
primitiviste. p.459-460
9.
Le désabusé. p. 460-461
10.
Le philosophe: observer les différences: c’est un travail d’apprentissage, de
reconnaissance de la diversité humaine. Telle est la vertu du voyage, selon
Montaigne. p.461-463.
TODOROV
*
Comment peut-on, comment doit-on se comporter à l’égard de ceux qui
n’appartiennent pas à la même communauté que nous? p. 506
(...)
Appartenir à l’humanité n’est pas la même chose qu’appartenir à une nation... /
conflito entre o princípio ético e a perspectiva política - dualidade trágica:
“Appartenir
à l’humanité ne nous dispense pas d’appartenir à une nation et ne peut s’y
substituer, mais les sentiments humains doivent pouvoir contenir la raison
d’État.” p.507
Mais
qu’est-ce qu’une nation?
D’un
côté, on construit l’idée de nation selon le modèle de race...
D’autre
côté, l’appartenance à une nation est pensée selon le modèle du contrat... (un
acte de volonté...). p. 508
Cette
antinomie peut être surmontée si nous acceptons de penser la nation comme
culture. La culture préexiste à l’individu (...) mais la culture a aussi des
traits communs avec le contrat: elle n’est pas innée mais acquise... Ela tem
que ser aprendida.
En
quoi consiste son apprentissage? En une maîtrise du langage, avant tout; en une
familiarisation avec l’histoire du pays, avec ses paysages, et avec les moeurs
de sa population d’origine, régies par mille codes invisibles (il ne faut
évidemment pas identifier la culture avec ce qu’on trouve dans les livres).
L’interprétation
de la nation comme culture(...) permet de préserver les grains de vérité
présents dans la conception de la nation comme contrat ou comme race. (...)
Elle permet en même temps de contourner l’antinomie de l’homme et du citoyen...
Une
chose est certaine: la maîtrise d’une culture au moins est indispensable à
l’épanouissement de tout individu; l’acculturation est possible, et souvent
bénéfique; la déculturation, elle, est une menace. p.509
++++
L’idéologie universaliste est responsable d’événements qui comptent parmi les
plus noirs dans l’histoire européennne récente, à savoir les conquêtes
coloniales. Sous le pretexte de répandre “la civilisation” quelques pays de
l’Europe occidentale se sont emparés des richesses de tous les autres...
L’univeralisme c’est l’impérialisme. (...) C’est pourquoi il est temps
d’oublier les prétentions universelles, et de reconnaître que tous les
jugements sont relatifs: à un temps, à un lieu, à un contexte. p.510
Todorov
propõe um humanismo crítico: on dira que la liberté est le trait distinctif de
l’espèce humaine.
[1] - Ver Paul Leroy-Beaulieu, De la colonisation chez les peuples modernes
[2] -
Condorcet (1743-1794), Esquisse
d’un tableau historique des progrès de l’esprit humain, Éditions Sociales,
1971
[3] -
J.-M. de Lanessan (1843-1919), Principes
de colonisation, 1897
[4] - M. Barrès (1862-1923), Une enquête au pays du Levant, t.XI, 1923
[5] - Amerigo Vespucci: La lettre Mundus Novus, 1503, annonce avec précision les futurs
portraits des bons sauvages. La société des sauvages, d’après Amerigo, se
caractérise par cinq traits: pas de vêtements; pas de propriété privée; pas
de hiérarchie ni de subordination; pas d’interdits sexuels; pas de religion; le
tout se trouvant résumé dans cette formule:”vivre selon la nature”.
p.359
[6] - Essai sur l’inégalité des races humaines.
[7] - De la
réorganisation de la société européenne
[8] - Lahonton; Diderot; Artaud.
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